Commençons par le Jugement. Oh le vilain mot ! ‘Tu ne jugeras point’ – ça nous colle à la peau depuis plus de 2000 ans. On sait que le ‘juge… ment’ et comme c’est très vilain de mentir nous ne nous ferons pas juge de quoi ni de qui que ce soit, de peur que le paradis nous échappe, de peur de voir nos ailes fondre au soleil en pleine ascension spirituelle.
Et si nous faisions preuve d’un peu de discernement ?
A force de sauts acrobatiques qui nous propulsent d’un extrême à l‘autre, du drame à l’extase, de l’arrogance au non-estime de soi, de l’action à la passivité, nous avons oublié la voie du milieu, le point zéro, la neutralité heureuse. Pas celle dont se vante la Confédération helvétique qui n’a de neutre que le mot, mais celle qui nous permet de transcender la dualité, de sortir du conflit pour accueillir un espace-temps où tout coexiste sereinement, sans états d’âme. Il y a jugement et jugement, car il est question ici de valeurs. ‘Je trouve que cette robe te sied à merveille !’, ‘Que tu es beau aujourd’hui !’ sont des jugements, subjectifs comme tout jugement. Y aviez-vous pensé ? La logique veut que si nous décidons ‘de ne plus juger’ sans discernement conscient, il ne sera plus possible de faire ni de recevoir un compliment – quelle tristesse ! Par ailleurs, à moins d’être flatteuse, une observation, une perception personnelle, sera prise pour un jugement et son auteur sera coupable et condamnable. Cherchez le juge…. Et si un jugement ou une critique sont proférés à notre égard, plutôt que de nous ériger à notre tour en juge moralisant, ne serait-il pas approprié de nous souvenir de l’accord toltèque qui nous incite à ne rien prendre de façon personnelle ? Pour cela, il nous faudra un ancrage impeccable et un cœur pur. Cela nous évitera de vaciller, tout en renvoyant la balle à l’expéditeur en l’invitant à prendre ses responsabilités – il a peut-être simplement oublié un autre accord toltèque : ‘que ton verbe soit impeccable’, car le verbe a le pouvoir de créer, de transformer l’énergie en matière…. et c’est donc préférable de ne pas dire n’importe quoi.

Ceci nous conduit au 2ème commandement : tu lâcheras prise. Pour que notre cœur soit pur, de combien de poubelles devrons-nous nous débarrasser ? Elèves appliqués, encouragés par les promesses d’un monde meilleur, nous lâchons prise. Les techniques à notre disposition ne manquent pas : respiration, visualisation, reprogrammation et j’en passe. Nous y parvenons si bien qu’un jour nous sommes comme un ballon coloré qui s’est échappé de la main d’un enfant (qui a lâché prise…) et s’élève dans le ciel, poussé au gré des vents.
Lâcher prise sans discernement est dangereux. Mon patron me manque de respect ? Je lâche prise, ce n’est pas si grave vu que j’apprends à ascensionner. Le système bafoue la dignité humaine ? Je lâche prise, ce n’est pas si grave, il y a moins bien loti que moi. Je perds mon estime de moi-même ? Je lâche prise, ce n’est pas si grave, ça ira mieux demain…. A force de lâcher prise parce que nous nous persuadons que ‘ce n’est pas si grave’, notre ancrage a disparu comme par enchantement, notre relation à nous-mêmes et à notre existence matérielle se dissipe, nous nous dissolvons dans le déni de nous-mêmes : c’est la dépression assurée, alors que nous pensions avoir tout mis en œuvre pour évoluer et devenir des êtres spirituels. Lâcher prise ? Oui, mais de façon impeccable, sans tricher. Si ce n’est pas le moment, tant pis si notre gourou est déçu, cela lui appartient ! Car il ne s’agit pas de lâcher sur commande, mais lorsque nous sommes prêts, sans oublier que l’indignation peut être un moteur social de taille ! Tout lâcher prise réussi est indissociable d’un engagement conscient vis-à-vis de nous-mêmes et du collectif, qu’il s’agisse de la famille, du quartier ou de l’humanité dans son ensemble.

Et voici le troisième larron qui s’échappe de ma boite de Pandore : la synchronicité.
- Quelle coïncidence !
- Mais non, c’est le hasard.
- Tu ne sais pas qu’Einstein disait que le hasard c’est Dieu qui voyage incognito ?
Ah, si c’est Einstein qui l’a dit ! Dans ce cas les synchronicités que je suis en train de vivre sont l’œuvre de Dieu lui-même, toute son attention est dirigée sur ma petite personne, et forcément ces synchronicités auront un aboutissement heureux, voire grandiose ! Chopra et d’autres grands maîtres n’ont cesse de m’apprendre à les repérer. Je n’ai qu’à les suivre aveuglément et me faire l’humble serviteur du plan divin….. Mon égo se gonfle un peu (ce n’est pas si grave) et je fonce tête baissée.
Quelques jours, semaines, mois plus tard tout a capoté – l’histoire d’amour qui avait si bien commencé est devenu un enfer, le projet professionnel une perte sèche, le voyage, le déménagement, le nouveau job, un cauchemar. Comment est-ce possible ? Qu’ai-je fait faux ? Dieu m’aurait-il abandonné ? ou serait-il un sale type, au fond ? Et que je me flagelle un bon coup, entre deux crises de rage et de désespoir.
Une synchronicité est un alignement dans l’espace-temps, simplement. Trop hâtivement, nous en dégageons un sens qui ne lui appartient pas. Miraculeuse, la synchronicité ? rarement. Elle indique un potentiel, sans plus. Viennent s’y greffer les conditions du moment, la conscience et l’éthique des personnes impliquées et mille paramètres qui vont se révéler petit à petit. Si nos yeux ne se sont pas ouverts assez vite pour discerner avec clarté d’éventuelles déviations annoncées, vivons l’expérience sereinement, sans l’intégrer comme un échec, mais en en tirant un enseignement utile afin que la prochaine synchronicité soit heureuse !

Que 2012 soit un temps d’apprentissage du discernement, d’une vision qui ne s’arrête pas aux apparences, et surtout qu’elle voie l’avènement d’une humanité de paix et d’amour.

Marie-Noëlle Anderson
Recto-Verseau 2012