Rêves thérapeutiques
La série d'images évoquée peut avoir une fonction thérapeutique de simple évacuation de situations et émotions lourdes qui viennent charger notre inconscient inutilement : enfin nous osons dire ses quatre vérités à notre chef hiérarchique, nous réglons des comptes, pleurons les pertes et déceptions refoulées, osons devenir héroïques malgré des années d'endoctrinement à la fausse humilité, en réalité au dénigrement profond de soi. Ce que nous faisons en rêve aurait-il moins de valeur que ce qui se passe 'pour de vrai' ? Rien ne nous empêche de changer de système de croyance si besoin est, car souvent les rêves nous collent à la peau, autant les cauchemars que les autres, et deviennent plus vrais que notre quotidien bien réel. Alors, pourquoi adopter une logique étriquée quand la vie est si grande ?

A travers les rêves, l'inconscient s'exprime. Les psychoses sont dévoilées : nous tournons en rond, désespérément en quête d'une porte de sortie, notre vol merveilleux se termine en piqué mortel - les scénarios de nos aventures nocturnes sont révélateurs. Nous voici avertis - qu'allons-nous faire des informations reçues ? La première étape consiste à décrypter le langage symbolique utilisé par l'inconscient : chaque culture a son système de symboles propres, auxquels va se superposer un langage plus spécifique à la communauté, à la famille, à l'individu. Votre langue maternelle est le français ? Vous émaillez certainement vos phrases d'expressions spécifiquement vaudoises, genevoises ou d'un autre terroir. A cela s'ajoutent des mots utilisés dans votre famille depuis des générations, dont le sens échappe aux 'étrangers'. Le principe est le même pour la symbolique des situations, objets et personnes qui peuplent vos rêves.

Une fois le message compris, il s'agira de passer à l'action pour rétablir l'harmonie entre le conscient - l'égo (qui ne veut pas entendre), l'inconscient (qui veut s'exprimer), et le supraconscient - le Soi (qui se souvient de notre programme de vie et 'sait'). Cette harmonie est la clé de notre bien-être psychique. L'origine psychosomatique des désordres physiques n'étant plus à démontrer, notre santé physique en découle également. Les rêves spontanés ne sont donc pas anodins et peuvent servir de base à une démarche thérapeutique holistique, que ce soit dans un esprit jungien ou dans les pas des chamanes du monde.

Le rêve chamanique
Il était une fois un loup énorme qui courait plus vite que le vent. Sur son dos, le héros terrestre voyageait entre les mondes, bien loin de la réalité tangible et visible. La première brèche ouvrait sur un univers glauque peuplé de fantômes, la seconde recelait les mémoires des incarnations passées tandis que la troisième contenait déjà les vies futures_qui bizarrement avaient un air de 'déjà vu'. Soudain, le loup glissa dans un gouffre et le héros se retrouva brusquement dans le monde visible, éclairé par l'éclat du disque de la pleine lune.* Depuis l'aube de l'humanité, toutes les cultures ont structuré le temps et l'espace en plusieurs mondes comme le montre le mythe celtique ci-dessus. Lorsque l'égo est au repos ou qu'il a été suffisamment maîtrisé pour être au service du Soi, donc pour cesser de faire le trouble-fête, la conscience mobile devient ce voyageur qui a accès à tous les mondes, d'où les rêves prémonitoires. En zoulou, le rêve se dit ipupo et le verbe pupa signifie voler dans les airs. Pour dire 'je rêve', on dit 'je vole'.

Dans la tradition chamanique, le rêve devient un art : le ou la chamane sait comment et où chercher les informations nécessaires. Mais avant d'être chamane, un rêve initiatique va faire office d'appel révélateur qu'il s'agira de prendre au sérieux si on ne veut pas devenir fou ou tomber malade. D'ailleurs, même la Bible fait état de ce type de rêves et les Egyptiens étaient passés maîtres dans leur interprétation. En Afrique australe, une Twasa zouloue, apprentie dans l'art de la divination, ne recevra un enseignement que lorsqu'une chèvre lui sera apparue en rêve. Jamais il ne lui viendra à l'idée de mentir - les Ancêtres voient ce qui échappe aux mortels et leur punition pour avoir transgressé une règle fondamentale serait terrible.

L'apprenti/e chamane apprend à rêver dans deux dimensions différentes. La première s'apparente au rêve éveillé, à l'auto-hypnose, ou encore à la méthode alpha-théta du Dr. Silva qui n'est rien d'autre que cet outil chamanique utilisé depuis la nuit des temps. Des techniques simples permettent de changer de niveau de conscience en faisant fonctionner le cerveau en mode alpha ou théta, des fréquences ralenties comparées à l'état de veille (béta). Elles correspondent à la phase juste avant le sommeil ou à celle du réveil. Une fois la bonne longueur d'ondes trouvée, on a accès aux mondes invisibles. Une multitudes d'itinéraires s'ouvrent devant nous, qui nous conduiront au bon endroit pour obtenir des renseignements précis ou pour entreprendre certaines démarches. Il sera possible de rendre visite aux ancêtres, d'explorer les vies passées, de trouver son animal totem ainsi que d'autres alliés, de réintégrer certaines parties de soi-même perdues en route ou encore de rétablir l'harmonie entre archétypes devenus ennemis. Pendant son apprentissage, la soussignée a reçu en rêve la plante qui l'a définitivement guérie d'un méchant kyste ovarien. Les témoignages dans ce sens sont si nombreux qu'une bibliothèque entière ne suffirait pas à les recenser.

La seconde dimension concerne les rêves pendant le sommeil où nous devenons acteur. En ayant conscience de notre double identité de rêveur et de 'rêvé' en général isolés l'un de l'autre, nous navigons entre les deux : nous nous voyons en train de dormir et de rêver, nous observons nos pieds, nos vêtements, nous nous parlons... Nous développons le don d'ubiquité consciente et vivons deux vies en même temps. Nous modelons et créons notre rêve au fur et à mesure qu'il se déroule. Lorsqu'il est clair que l'existence physique influence la vie dans l'invisible et vice versa, cela prend une tournure à la fois ludique et responsable, dont les risques majeurs sont la dépendance et l'illusion de la toute-puissance... qui toutefois durent rarement, la vie se chargeant de ramener à terre les rêveurs égarés, fut-ce de façon brutale.

Il n'est pas nécessaire d'être amérindien ou chamane confirmé pour apprendre à rêver ou pour interprêter ses rêves. Une bonne dose de curiosité, une grande soif d'indépendance et un go–t de la liberté prononcé sont les ingrédients nécessaires au départ, à quoi vient se rajouter le traditionnel PPC : patience, pratique et confiance.

Marie-Noële Anderson